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Politique:(1/184) Cohérence des territoires

Depuis des dizaines d’années, de petites institutions disparaissent des territoires. Citons, les écoles communales, les bureaux de poste, les gares non desservies, les petits hôpitaux ou maternités, les institutions judiciaires, les casernes de pompiers, les petites entreprises, …

A chaque fois, la disparition a été validée pour faire des économies financières d’échelle. L’État a préféré regrouper plusieurs petits établissement en un seul plus gros, généralement situé dans une ville importante.

Notons que cette concentration des institutions va à l’opposé de la décentralisation des institutions politiques. Comprenne qui pourra !

Certes, la réduction des dépenses publiques est au rendez vous, par effet d’échelle, mais à quel prix !

Ce sont maintenant les citoyens des territoires qui paient l’addition et plusieurs fois

1. Par l’allongement des trajets.

Les élèves, les enseignants, les malades, le personnel soignant, … parcourent de plus longues distances pour rejoindre le ‘gros’ établissement. Ils utilisent leur véhicule personnel ou le bus, rarement le train. L’usage de ce moyen de transport personnel a un coût qui est supporté par chaque citoyen même si des réductions ou subventions diverses atténuent le montant à débourser. Tout se passe comme si l’État avait transféré des dépenses d’intérêt général sur chaque citoyen. Même si l’impôt pourrait être allégé puisque les dépenses de l’État diminuent, rien ne prouve que ce transfert de dépenses soit à l’avantage du citoyen.

Le temps de trajet allongé pour tous est une perte de temps utile considérable.

Les conditions de ce trajet sont souvent éprouvantes nerveusement.

L’allongement des trajets diminue l’efficacité des interventions d’urgence (santé, accidents, incendie, ...)

2. Par la ville concentrationnaire.

Le ‘gros’ établissement génère une concentration des déplacements vers lui. Plus on s’approche, chaque matin, du ‘gros’ établissement, plus le trafic s’intensifie jusqu’à provoquer la congestion et les bouchons que l’on connaît dans les grandes agglomérations. Cette congestion ralentit le trafic fortement et augmente encore la perte de temps sur la route ainsi que la moindre efficacité des moyens d’intervention d’urgence.

Les véhicules individuels utilisés par une grande partie des ruraux doivent être parqués pour la journée ; s’ensuit des difficultés de stationnement, la création de parkings payants, toutes choses qui font supporter une dépense supplémentaire et un stress pour les citoyens, mais aussi créent des dépenses et des difficultés de circulation pour la ville qui héberge le ‘gros’ établissement.

Par ailleurs, la tendance est trop souvent de regrouper dans une même ville plusieurs types de ‘gros’ établissements, ce qui augmente encore plus les problèmes de concentration.

3. Par la perte d’activité locale et la création d’un désert français.

De la disparition des petits établissements résulte une perte d’activité locale pour les territoires concernés. Les petits commerces et petits artisans locaux ne peuvent survivre car les habitants du territoire se fournissent en journée dans la ville concentrationnaire. Dans un premier temps, ces territoires deviennent des villages dortoirs et/ou des zones rurales où l’on compte les fermes sur les doigts de la main. Dans un second temps, les habitants quittent le village pour se rapprocher ou intégrer la ville concentrationnaire. De même les petites fermes disparaissent car elles ne peuvent plus écouler leur production localement. A la place se créent des exploitations agricoles gigantesques où les machines sont plus nombreuses que les hommes. La production agricole n’est plus dédiée en priorité à l’alimentation des habitants locaux ; Elle se mondialise, se financiarise et échappe à l’intérêt général des autochtones. Les animaux d’élevage sont entassés et maltraités dans des usines automatisées. La sensibilité et la vie normale de l’animal est bafouée. Le travail de l’éleveur ou de l’agriculteur perd de son essence naturelle. La motivation du paysan pourvoyeur de nourriture en symbiose avec l’environnement disparaît.

4. Par l’augmentation des pollutions et des déchets.

Cette évolution du territoire due aux disparitions d’institutions locales engendre de nombreuses pollutions. D’abord par l’usage des véhicules personnels et des tracteurs mais aussi par les transports collectifs de type bus. Chaque véhicule motorisé émet du CO2 qui dérègle le climat planétaire ; il émet également des particules et d’autres gaz qui nuisent à la santé de tous. La production agricole intensive utilise massivement des herbicides et des engrais d’origine chimique. Ces produits et tout particulièrement les herbicides sont néfastes et dangereux pour l’homme. Les fermes abandonnées laissent sur place des déchets de toutes sortes. La campagne perd tout son charme. Elle ressemble à un désert uniforme, ocre et parfois boueux en hiver, à un tapis vert uniforme au printemps et en été, parfois taché de jaune lors de la saison de récolte des céréales. Cette uniformité va de pair avec une perte considérable de biodiversité.

Cette pollution et ces déchets génèrent donc des dépenses importantes en soins personnels et en soins collectifs de tous les habitants campagnards ou villageois. Cette pollution met également en péril l’équilibre climatique nécessaire à la survie de l’humanité.

La volonté de réduire les dépenses étatiques en supprimant les petites institutions locales, s’avère aller à l’encontre de l’intérêt général de tous les français. Cette volonté est donc une erreur politique majeure grave qu’il faut savoir reconnaître. Il faut ensuite tirer enseignement de cette ‘erreur’ qui perdure depuis des dizaines d’années. Remarquons que cette erreur est internationale et même indépendante des régimes politiques existant dans le monde.

Comment corriger cette erreur, comment bien réagir ?

Je vais essayer d’apporter ici quelques pistes mais il est évident que je n’irais pas au fond des choses et que j’oublierais ou ne verrais pas d’autres pistes intéressantes. Mon but est plus de faire comprendre qu’un ensemble d’actions convergentes peut permettre de corriger l’erreur évoquée.

1. Il semble évident qu’il faille dépeupler les villes concentrationnaires et repeupler les campagnes. A tous les niveaux de territoire, il faut admettre la nécessité de limiter la population des grandes villes et agglomérations a un seuil raisonnable évitant la destruction de ressources vitales. A l’inverse il faut définir un seuil minimum de population des campagnes de nature à refaire vivre économiquement ces territoires et éviter leur désertification.

2. En même temps il faut que chaque quartier, chaque village soit le plus multi-fonctionnel possible. En effet cette multi-fonctionnalité crée une vie locale et diminue le besoin de se déplacer beaucoup et loin. Du même coup, inutile d’investir lourdement dans la mobilité sous toutes ses formes (tramway, métro, trains, avion, routes et autoroutes, …).

Chaque quartier actuellement mono-fonctionnel doit être rendu multi-fonctionnel. Par exemple, dans la zone pavillonnaire la commune préempte quelques maisons pour y créer une petite école ; ou bien elle incite à transformer un pavillon en siège artisanal ou en petit commerce ; elle incite à cultiver des plantes nourricières en remplacement d’aires gazonnées, etc …

Chaque village doit redevenir multi-fonctionnel. Dans les champs, inciter à recréer de petites exploitations ; le village réserve une surface suffisante au maraîchage et à l’élevage de sorte que la production agricole subvienne au moins à la population locale.

Cette action va dans le sens de la résilience des territoires au changement climatique.

3. Les grands établissements centralisés doivent être cassés en de multiples petits établissements bien répartis sur le territoire. Par exemple, pas d’école de plus de 150 élèves. Et pas de village sans son école et sa classe communale. Autre exemple, dans le domaine hospitalier. Créer ou recréer de petits espaces de soins bien répartis sur le territoire et pour tous (enfants, femmes enceintes, personnes âgées). Ces dispositions devraient inciter fortement enseignants et personnel soignant à demeurer sur place. Si ce n’est pas suffisant, prendre toutes dispositions pour dépeupler les villes concentrationnaires, de leurs habitants et tout particulièrement des professions d’enseignement et de santé.

Les établissements tels que les écoles et universités déjà bien répartis sur le territoire doivent être laissés en place. Cette action est cohérente avec la multi-fonctionnalité. Elle permet de mettre à disposition des étudiants locaux des ressources intéressantes sans s’éloigner.

4. Il faut donc développer tous les réseaux en priorité dans les campagnes ; réseau d’adduction d’eau, réseau d’évacuation et traitements d’eaux usées (petites unités), réseau électrique, réseau gaz, réseau numérique. Il faut également relocaliser les productions d’électricité et de gaz toujours dans l’idée d’obtenir plus de multi-fonctionnalité. La disponibilité de ces réseaux permet une implantation facile de nombreuses petites entreprises ainsi qu’une bonne qualité des communications et des échanges. Elle incite donc les gens à rester ou revenir à la campagne pour y travailler.

5. Il faut instaurer une plus grande équité entre les territoires. Il n’est pas souhaitable que l’Ile de France monopolise les richesses économiques et les cerveaux au détriment d’autres régions de France. Pour lutter contre cette inéquité, quelques pistes :

a) ralentir les liaisons entre grandes métropoles. Par exemple, c’est grâce aux TGV et aux avions que les entreprises établies en région parisienne, peuvent envoyer rapidement leurs cadres dans d’autres métropoles. Le ralentissement des liaisons les obligerait à créer des agences locales voire à s’implanter hors région parisienne. De plus cet ‘éparpillement’ pourrait favoriser une saine concurrence entre entreprises plus petites.

b) décentraliser les institutions d’État. Est il obligatoire que tous les ministères soient parisiens quand les communications numériques sont largement développées ? Cette décentralisation aurait l’avantage de dépeupler la région parisienne ; l’installation d’un ministère en région générerait un intérêt particulier pour celle-ci, sources d’autres activités économiques.

c) établir un budget de l’État ventilé par région de façon à faire apparaître clairement les fortes inégalités actuelles et permettre par le débat de rétablir peu à peu plus d’équité entre régions.

d) interdire toute nouvelle construction de logements en région parisienne. Ceci permettrait au passage de réserver des terres arables à préserver dans un souci de multi-fonctionnalité de la région ainsi que dans un souci de plus grande autonomie alimentaire.

e) mettre en place un quota de population maximum supportable au regard des ressources locales disponibles pour un minimum d’autonomie alimentaire et sanitaire de la région. Actuellement la région parisienne serait affamée sous deux ou trois jours en cas d’interruption de ses approvisionnements en nourriture. Est ce bien raisonnable ?

6. développer le transport de marchandises lent (fluvial par exemple). Ce type de transport est particulièrement écologique et pourrait l’être davantage encore si on modernise le moteur de propulsion. Ceci limiterait aussi le recours aux flux tendus d’une part et diminuerait la pollution par les camions d’autre part. Remarquons que lutter contre les flux tendus, oblige les entreprises à stocker davantage ; si celles-ci ne veulent pas immobiliser beaucoup d’argent en stockage, elles seront contraintes à faire perdurer leurs produits plus longtemps et contribueront ainsi à moins de gaspillage par obsolescence.

7. De façon générale, renchérir le transport de marchandises. Ce transport actuellement trop bon marché a pour inconvénient de mettre en concurrence déloyale la production locale par rapport à la production éloignée voire mondiale. Si l’on veut permettre une certaine vitalité de tout territoire, il faut éviter que sa production à destination locale soit concurrencée par des produits distants. A quoi bon acquérir le ‘machin’ le plus performant ou le plus beau venant de très loin, si on dispose sur place d’un bon ‘machin’ rendant le même service et dont la maintenance et la pérennité sont assurées ?

8. Il semble normal que la production locale bénéficie en priorité aux autochtones. Seuls les excédents peuvent être vendus plus loin et plus chers. L’idée étant ici d’éviter que certaines entreprises âpres au gain préfèrent vendre loin et cher plutôt que de vendre à prix juste localement. Le culte du marché international et la mise en concurrence dans des conditions inégales n’est pas viable à long terme ; c’est une forme de guerre suicidaire entre les territoires de l’Europe et du monde. Qu’il faut donc combattre !

9. Instaurer le principe des marges décroissantes depuis le producteur initial jusqu’au consommateur final. Le transformateur, la centrale d’achat et tout intermédiaire en général ne peut avoir une marge de vente supérieure à la marge pratiquée par son fournisseur lors de l’achat. En effet, sans producteur initial, il n’y a plus de commerce possible. Et si l’intermédiaire écrase les prix et donc indirectement la marge du producteur initial, il mène à la faillite de ces producteurs et ruine à terme son propre approvisionnement. Il nuit en même temps aux consommateurs.

10. L’État pourrait mettre en place des taux de TVA croissants depuis le producteur initial jusqu’au consommateur final. Ainsi la multiplication des intermédiaires deviendrait à la fois plus difficile sur le marché et plus rémunératrice pour l’État.

Une dernière remarque pour terminer cette petite réflexion.

Dans nos sociétés libérales, les économistes comptabilisent tous les biens et services en monnaie. Ils utilisent également les notions de bénéfice et de retour sur investissement monétaires. Plus le bénéfice est important et surtout plus le retour sur investissement est court, meilleur est le bilan de l’activité !

Compte tenu du dérèglement climatique il faudrait utiliser les notions de bénéfice et de retour sur investissement écologiques. Et cette fois qu’importe le retour sur investissement long, si le bénéfice écologique est assuré ! Nos actions vertueuses, écologiquement, sont celles qui tendent à préserver la vie de nos survivants (enfants, petits enfants, … biodiversité).

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