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Consommation:(1/132) Au bon beurre

Hier encore je pouvais trouver du beurre
A la ferme de mon village dans l’Eure
Il était presque toujours demi salé
Et servi dans un papier blanc sur lui replié.

Il fallait savoir patienter longuement
Car le produit se vendait seulement
Un jour par semaine, le vendredi souvent
Et encore en fin de journée tardivement.

Quand on dépliait l’emballage
On découvrait la belle ouvrage
Une tête de vache décorait la motte
Stylisée, simple, rigolote.

Du dos de l’ongle on grattait
Avec gourmandise le beurre frais
Que l’on posait délicatement
Sur la langue ; émerveillement !

On utilisait ce bon beurre
Sur une tartine, de bonne heure
En cuisine maison à tout moment
En pâtisserie aussi, assurément.

C’était hier !

Aujourd’hui, le lait nécessaire est pompé
Par des trayeuses automatisées
Au pis des vaches en bandes entassées
Puis par camion citerne vers la laiterie envoyé.

Dans la laiterie le beurre est usiné,
Puis par camions acheminé
Vers les rayons aux prix serrés
Des supermarchés excentrés.

La motte de beurre ne coûte
Pas très cher sans aucun doute
Mais le fermier ne vit pas bien
De son travail du soir au matin.

La laiterie industrielle engrange les bénéfices
Sur le marché international, distributrice
Du bon beurre prisé par les plus riches
Elle a trouvé une enrichissante niche.

Qu’importe que le citoyen français soit privé
De bon beurre, de son lait dérivé
Lactalys puisqu’il faut l’appeler par son nom
Se comporte comme démon ou maquignon !

Qui peut savoir d’où vient ce lait
Comment il a été récolté puis traité ?
Quel chemin a suivi le beurre pasteurisé ?
Pourquoi donc est il au loin exporté ?

Hier encore je croyais que l’effort des uns
Profitait d’abord à tous les citoyens.
Il n’en est rien, car ces efforts locaux
Sont confisqués par les tenants des capitaux.

Hier encore j’imaginais un état protecteur
Légiférant pour notre bon beurre
Hélas, les hommes d’état sont corrompus
D’avec le petit peuple ils ont rompu.

Puis je suggérer aux petits fermiers éleveurs
De s’unir et de produire du bon beurre
Localement, en plus petite quantité
Mais avec réussite et bien meilleure qualité.

Ne livrez plus votre lait aux capitalistes esclavagistes
Au contraire, traitez le, soyez transformistes
Nous consom-acteurs sommes vos directs clients
Qui soutiendrons votre travail intelligent.

Demain, je l’espère, je trouverais du beurre
Chez mon voisin cultivateur-éleveur.
Il sera délicatement salé
Et servi dans un papier blanc recyclé.

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